Historique du Pèlerinage du Monde du Travail

Un groupe bien sympathique

Le Père de la Villéon, premier aumônier du pélé, racontait en 1997, l’origine du pélé ainsi que l’esprit qui l’anima dès le début :

 Il y a 50 ans, trois jeunes hommes sont venus me trouver à la sacristie de l’église de Suresnes. Ils m’ont dit qu’ils allaient partir à Chartres, à pied, en amitié et en prière et qu’ils seraient heureux que je vienne avec eux.

 Pour moi, cela signifiait quitter la paroisse pendant un weekend et il ne fallait pas, je crois, le faire pour répondre à une invitation sympathique mais, sans doute, sans suite. Aussi, leur ai-je répondu: « Venez l’an prochain, plus nombreux ! ».

 L’année suivante, ils sont revenus à dix. Les premiers avaient raconté leur route jusqu’à la crypte de Chartres, où ils étaient entrés sans arrêter leurs chants et leurs prières, accompagnés par d’autres visiteurs de la cathédrale. Alors je suis parti pour Chartres avec les 10 de la deuxième année et un plus grand nombre de pèlerins les années suivantes avec la bénédiction du Père Suhard. Nous avons appelé notre pelé « pèlerinage du travail« . Pour quelles raisons ? Robert le dirait certainement mieux que moi. À cause de N.D. du Travail, dans le 14ème ? de Saint-Joseph, patron des travailleurs ? Peut-être… Mais aussi, tout simplement, parce qu’il était question, un peu partout, du pèlerinage des étudiants. Or notre pélé réunissaient des personnes plus âgées, toutes étaient « au travail » et engagées, qu’il s’agisse d’ouvriers, d’employés, de cadres ou de membres de professions libérales. Jamais nous n’aurions eu l’idée que ce nom de « pèlerinage du travail » pouvait déplaire. Il a même choqué ! L’Eglise avait découvert l’action catholique spécialisée.

 Les rencontres, les groupes de réflexion étaient organisés par secteurs économiques et catégories sociales. On sait combien cette initiative de l’Eglise a été profitable ! Et puis, les syndicats réservaient aux ouvriers et aux employés l’appellation de « travailleurs« , celle-ci était refusée aux patrons, mais aussi aux cadres et aux membres de professions libérales. Or, depuis les débuts du pélé, nous formions un groupe de toutes catégories, bien sympathique et très uni dans la prière, et il nous fut demandé de retirer le nom de pèlerinage du travail ! Nous avons refusé poliment, et avons poursuivi, sans appui officiel. Je crois que nous avons eu raison de ne rien casser, mais de refuser l’idée que des hommes, même très différents, ne puissent s’aimer, travailler et prier ensemble.

Je crois que nous avons eu raison de ne pas accepter de générer des « exclus ».

Une ligne simple : partage et prière

 Le pélé se pérennise, et suite au questionnement des Carmélites et d’autres, les caractéristiques du « Pèlerinage du Monde du Travail » sont précisées par écrit en 1954.

 L’accent porte sur la prière, principalement la prière dans le cadre du travail; sur la levée des barrières sociales; sur l’action pour un monde plus juste, plus fraternel. Ce pèlerinage permet de faire naître l’amitié, de tisser des liens durables, plus étroits d’année en année.

C’est un rafraîchissement spirituel.

 Il permet de renouveler les engagements pris. La ligne du pélé est désormais tracée, elle porte d’abord sur l’approfondissement de la vie de prière et l’ouverture la plus large possible au partage, grâce à la rencontre avec Jésus, Marie, et à celle de chrétiens très différents. Cette ligne implique une exigence personnelle et collective, un esprit de service modeste, humble, concret, dans le sens des efforts de l’Eglise en faveur du monde du travail, et aujourd’hui, plus universellement, du monde. Très souvent, cette priorité apparaît dans le choix des thèmes de nos routes.